scripturae crucis
Dossier presse SCRIPTURAE CRUCIS

Amestoy : Racontez-nous le contexte de cette commande et de sa création.

Gamard : En mai 2019, lorsque le curé de la Basilique Saint-Sernin m’a contacté par l’intermédiaire d’une connaissance commune, il m’a proposé de peindre les 14 stations du Chemin de Croix pour le Carême 2020. Chaque année et ce depuis 10 ans, l’abbé Vincent Gallois invite un artiste à partager l’interprétation de sa passion[...]

En quelques mot Antoine, votre parcours ?

J’ai fait un passage éclair dans la pub (ndlr l’agence DDB Paris)... Après 7 ans de sérigraphie aux beaux-arts de Paris riche de ma rencontre avec le peintre Claude Viallat, j’ai pu acquérir la maitrise du procédé mécanique que Walter Benjamin décrit et une plus grande compréhension de l’archétype. Mon implication dans le Street-art m’a permis d’éprouver l’effet induit par un logo.

Sa force est son impact visuel : une esthétique accessible, colorée ou pas mais visuellement forte, identifiable. Comme un graffiti, l’archétype existe dans sa capacité d’unir comme les premiers logotypes chrétiens : le poisson, la croix, etc... Le graffiti est pour moi inséparable de l’Art, il ne figure pas seulement la parole mais aussi la réalité du monde. J’aime l’univers du graffiti, et dans le graffiti c’est aussi cela qui s’exprime, l’homme dans sa condition, en marge, pour moi le graffiti c’est aussi un cri, le cri de la marge, le cri de ceux qui n’ont pas d’écoute et d’attention. Le graffiti se crée dans le contexte de la cité, il véhicule les idées les utopies les misères la souffrance de la condition humaine. J’aime son rapport à l’écriture. Utiliser le graffiti comme trame de fond m’est apparu évident !

Comment avez vous pensé cette commande ? Comment l’avez vous appréhendée ?

[...] La connaissance que j’avais du Christ se résumait au contexte culturel judéo-chrétien véhiculé par notre société.
Durant deux mois je me suis documenté à plein temps ! Tout d’abord les basiques : les quatre évangiles. Celui de Jean a retenu plus singulièrement mon attention. J’ai compris au fil de mes lectures qu’il avait eu un rôle déterminant dans la conception et le développement de la pensée chrétienne. J’ai ensuite abordé l’histoire du christianisme, sa diffusion, comment et pourquoi cette religion a fait écho, sa pensée, ses schismes, etc.
Je suis allé à l’église, j’ai écouté, observé, je me suis chargé d’émotion, tout ce contexte m’a conduit à lire et relire les philosophes comme Socrate, Homère, etc.
J’étais à terre... Quand on est en perte de repères on en revient aux sources. J’ai enquêté sur la Passion du Christ et je l’ai en quelque sorte calquée sur ma propre souffrance. Pour moi c’était le seul moyen pour que l’immersion dans la compréhension du sujet s’accomplisse.

 

 

Comment avez vous procédé ?

Je me suis emparé des archétypes de la Passion : la croix, le bleu du manteau de la Vierge, les compositions, les couleurs et bien entendu tous les codes visuels associés à l’iconographie de la Passion et je me suis lancé !
J’ai réalisé le fond avec une bombe aérosol, puis les graffitis comme une écriture automatique. Ensuite j’ai travaillé en décomposant la représentation de chaque station, en déstructurant quelques éléments et en les simplifiant pour en arriver à l’essence de l’image. L’évolution structurelle de chaque scène fonctionne comme un archétype. Pour être plus clair, c’est comme une décalcomanie qui se superpose sur les deux fonds. Cette phase est travaillée sur ordinateur, comme s’il s’agissait d’un carnet d’esquisses ; enfin l’usineur procède à l’impression en imprimant sur la toile travaillée à la main cette étape finale qui se superpose en troisième couche. Cette manière d’exécution par impression U-V (ultra violet) s’est avérée être le procédé le plus en adéquation pour ce travail, j’aurai pu aussi le réaliser au pochoir, en découpage, au pinceau mais cela m’a permis de concrétiser rapidement ma pensée et d’aller à l’essentiel.

 

Extraits de l'entretien Antoine Gamard et Sophie Amestoy

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